02.08.2005
LE TEMPS, LA PATIENCE
Avez-vous remarqué comme le temps passe de plus en plus vite ? Je vous ferai grâce des habituels exclamations quant à la vitesse de l’information : vous rendez-vous compte, au temps de Richelieu il fallait plusieurs semaines pour recevoir une missive, aujourd’hui, la seconde est l’unité de mesure ! Diantre ! De fait, Internet, les portables, msn et les blogs de tout poil nous livrent instantanément les nouvelles, désirées ou non, du monde proche ou lointain sans même nous laisser le temps de prendre le recul nécessaire.
Cela pourrait n’avoir pas plus d’importance que de modifier notre perception du temps, d’en prendre bonne note et d’agir en conséquence par des prises de décisions sans cesse plus rapides. Mais, le bât blesse !
En effet, ce n’est pas seulement le temps perçu qui s’en voit modifié mais les fondements de notre éducation ! Ainsi, à quelque niveau que cela soit, l’accélération en tout nous oblige à penser vite et, corollairement, à augmenter le niveau d’impatience de nos interlocuteurs (amis, petits amis, collègues, fournisseurs, clients, ...).
Les moyens techniques mis à notre disposition nous permettent de joindre en permanence (en théorie) le monde entier et, plus cela va, plus un téléphone qui ne répond pas, un mail qui reste sans réponse ou un absent sur msn nous agacent, voire, nous mettent hors de nous : « que fait-il ? », « qu’attend-il ? », « pourquoi ne me répond-il pas ? » … l’angoisse nous saisie, il nous faut une réponse … vite !
On pourra m’opposer qu’au temps des chevaux les mêmes angoisses surgissaient, seulement différentes par leur durée et leur instantanéité. Ci fait. Mais mon inquiétude n’est pas là. Je pense au demeurant plus à nos enfants à qui notre société apprend l’impatience et le tout tout de suite.
Si l’on veut bien aller un peu plus loin, on discerne des conséquences que je considère comme réellement inquiétantes : la diminution du pouvoir de l’imagination et du rêve (car l’imagination vie si elle peut s’épanouir dans le temps), la perte dramatique de vitesse des notions de travail et d’effort (car, pour savoir, il faut apprendre et apprendre, prend du temps), l’avancée du consumérisme et, finalement, de la violence. En effet, la société nous faisant perdre la notion de travail en la remplaçant notamment par celle de possession, il y a fort à parier qu’à terme, frustrés par l’impossibilité (légale) de consommer, des légions de jaloux ou d'envieux en viennent à s’approprier des biens au simple motif qu’ils y « ont droit » sans passer par la case « achat ».
Mais, la consommation (souvent décriée dans mes lignes) n'est pas tout ! J'ai écrit ailleurs que le salarié, me semblait être parfois considéré comme un matière première (et l’impatience joue son rôle sur ce point), mais il n’est pas le seul. Bien pire selon moi : le couple ne déroge pas à la règle : car enfin, les Meetic, Netclub et autres sites de rencontres ne nous apprennent-ils pas à « consommer » l’autre ? Sortir ? Pour quoi faire ? Il vous suffit de vous mettre devant un petit écran, de dialoguer et hop, le tour est joué. Il (elle) ne vous plait pas ? Qu’à cela ne tienne, un clic et on change de partenaire ! Nous n’avons encore rien vu de la vague de divorce dans les grandes villes, le pire est à venir ! Pourquoi diable faire l’effort de rester ensemble alors que le supermarché des rencontres est ouvert 24 heures sur 24 ?
Une fois de plus, je n’ai pas de réponse à cette inquiétante promesse que nous fait l’avenir, si ce n’est l’affirmation et la transmission continuelles de valeurs fortes. Mais je dois bien avouer qu’en face des efforts conjugués des industries du loisir et de celles des technologies de « l’information », mes petits bras me semblent parfois trop fluets.
Quelques références :
« L’Enseignement de l’ignorance, et ses conditions modernes » Jean Claude Michéa – Ed° Micro-Climats
« L’ère du vide, essais sur l’individualisme contemporain » Gilles Lipovetsky – Ed° Folio
11:20 Publié dans humeur, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
A l'heure de la communication si facile/facilitée, il n'y a jamais eu autant de solitudes juxtaposées...
Les rencontres via Internet, speed dating et autres sont des mirages. L'oasis véritable est rare. Merveille d'autant plus précieuse que le chemin pour y parvenir est long, semé d'embûches. Quant on l'a atteinte, il faut parfois la quitter pour y revenir.
Et pour apporter de l'eau au moulin cette fois-ci,
il y un ouvrage qui mériterait d'être lu "La tyrannie du plaisir" de Jean-Claude Guillebaud. Cet écrivain et éditorialiste est aussi l'auteur de "La refondation du monde" (que je n'ai pas encore lu).
Bonne lecture aux intéressés.
Écrit par : Sylv | 08.03.2006
Le sujet est vaste ; comme toi, j'ai tendance à penser que notre monde offre peu de signes encourageants d'un retour sur ce rouleau-compresseur qu'est le culte de la vitesse. Dans mon blog, j'ai initié une réflexion pour redonner à la lenteur une valeur positive, comme un élément nécessaire au "aller-vite"; en effet, combien des fois, a-t-on vu des projets échouer parce que l'on n'a pas su prendre le temps de réfléchir en amont... Peut-on changer cet état de fait ? Comment ?
Pourquoi en est-on arrivé là ? J'irai peut-être chercher cela dans notre culture judéo-chrétienne visant à éradiquer le mal ; cet idéal est considéré également par certains auteurs la base de notre recherche du progrès... J'ai tendance à considérer que ce culte de la vitesse est fortement lié à notre vision linéaire et irréversible du temps ; ne peut-on pas y voir également, comme tu le soulignes, une angoisse, une peur... ou une conséquence de la question "où va notre mondre" ; et pour le savoir, nous essayons d'y aller plus vite....
Au plaisir de te lire sur ce thème.
Damien
http://entrepriseetphilosophie.hautetfort.com/
Écrit par : Damien | 11.03.2006
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